Forme d'art
La sculpture africaine
La sculpture est l'une des formes d'art les plus anciennes et les plus riches d'Afrique. Les figures en terre cuite de la culture Nok, au centre du Nigeria, réalisées il y a plus de deux mille ans, comptent parmi les plus anciennes connues ; les têtes coulées d'Ife et les plaques en laiton du Bénin se rangent parmi les grands arts de cour du monde ; et la sculpture sur bois — statues, sièges, sceptres, gardiens de reliquaire — a fleuri dans toute l'Afrique de l'Ouest et centrale. Les sculpteurs modernes et contemporains poursuivent cette histoire avec de nouveaux matériaux.
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Nok : les premiers sculpteurs connus
Dans les années 1940, l'archéologue Bernard Fagg identifie au centre du Nigeria une culture à partir de têtes en terre cuite trouvées par des mineurs d'étain près du village de Nok. Les sculpteurs de Nok, actifs au Ier millénaire av. J.-C. et jusqu'aux premiers siècles de notre ère, ont modelé des figures humaines aux coiffures élaborées, aux yeux percés et aux visages calmes et stylisés : le plus ancien grand ensemble de sculpture figurative connu au sud du Sahara.
Les terres cuites de Nok ont été massivement pillées sur des sites non fouillés. Elles figurent sur la Liste rouge des objets menacés du Conseil international des musées, et le Nigeria interdit leur exportation sans autorisation.
Le métal : Igbo-Ukwu, Ife et le Bénin
À Igbo-Ukwu, dans le sud-est du Nigeria, un homme qui creusait une citerne en 1938 découvre des objets en bronze ; l'archéologue Thurstan Shaw fouille le site à partir de 1959. Les vases et ornements, datés des IXe et Xe siècles environ, sont coulés à la cire perdue avec une finesse stupéfiante.
Ife, la ville sacrée des Yoruba, a produit entre le XIIe et le XVe siècle environ des têtes naturalistes en alliage de cuivre et en terre cuite — des portraits calmes et idéalisés, souvent striés de fines lignes verticales, qui ont stupéfié les savants européens lorsqu'un groupe fut mis au jour en 1938.
Le Bénin, royaume edo du sud du Nigeria, a créé pendant des siècles des têtes, des plaques et des statues en laiton pour sa cour royale. Leur histoire, leur pillage en 1897 et leur restitution sont racontés dans notre article sur les bronzes du Bénin.
Le bois : les grandes traditions de la taille
La plupart des sculptures africaines étaient taillées dans le bois, et la plupart de celles qui nous sont parvenues ont moins de deux siècles, car le bois se dégrade. Quelques-unes des formes les plus connues :
- Nkisi nkondi kongo (RD Congo, République du Congo, Angola) : statues de pouvoir dans lesquelles on enfonçait des clous et des lames pour sceller des serments, régler des différends ou invoquer leur force.
- Byeri fang (Gabon, Cameroun, Guinée équatoriale) : figures gardiennes posées sur des boîtes en écorce contenant les ossements des ancêtres. Les Kota du Gabon recouvraient leurs figures de reliquaire de feuilles de laiton et de cuivre.
- Statues baoulé (Côte d'Ivoire) : figures finement achevées d'« époux de l'au-delà » et d'esprits de la nature.
- Sièges et sceptres luba (RD Congo) : sièges royaux soutenus par des figures féminines agenouillées, et planches mnémotechniques lukasa utilisées par les historiens de cour.
- Ibeji yoruba (Nigeria, Bénin) : petites figures sculptées pour des jumeaux décédés, dont les mères prennent soin. Les naissances gémellaires sont exceptionnellement fréquentes chez les Yoruba.
La plupart des sculpteurs n'ont pas été enregistrés par leur nom, car les collectionneurs coloniaux notaient une « tribu » plutôt qu'un artiste. Les chercheurs identifient aujourd'hui des maîtres individuels par leur style, et quelques-uns sont bien documentés, comme le sculpteur yoruba Olowe d'Ise (vers 1873-1938), dont les portes et poteaux de véranda de palais comptent parmi les chefs-d'œuvre de la sculpture africaine.
La pierre
Les oiseaux en stéatite sculptés au Grand Zimbabwe entre le XIIIe et le XVe siècle sont aujourd'hui l'emblème national du Zimbabwe. À Esie, au Nigeria, on a trouvé environ mille figures en stéatite d'origine inconnue. Au XXe siècle, le Zimbabwe a vu naître un mouvement moderne de sculpture sur pierre.
Sculpture moderne et contemporaine
Le bronze Anyanwu (1954-1955) de Ben Enwonwu est devenu un symbole de l'indépendance nigériane. Ousmane Sow a façonné des figures plus grandes que nature qui ont attiré trois millions de visiteurs à Paris. Né au Maroc, Bruno Catalano évide le corps de ses voyageurs de bronze, si bien que la rue se voit à travers eux. El Anatsui est passé du bois taillé à de vastes tentures de métal. Sokari Douglas Camp soude des sculptures d'acier inspirées des mascarades kalabari, et en Afrique de l'Est les sculpteurs makondé ont créé une sculpture moderne bien à eux.
À lire aussi
Beaucoup de sculptures étaient faites pour être portées : voir les masques africains. Pour les récipients et figures en argile, voir la céramique africaine. Pour voir les grandes collections, consultez notre guide où voir l'art africain, et pour une vue d'ensemble, notre brève histoire de l'art africain. Pour les sculpteurs modernes et contemporains, voir notre liste de sculpteurs africains.
