Peintre, sculpteur et romancier · Maroc
Mahi Binebine
Mahi Binebine (né en 1959) est un peintre, sculpteur et romancier marocain de Marrakech. Il enseigne les mathématiques à Paris avant de se consacrer à l'art et à l'écriture, vit à New York dans les années 1990 et travaille à Marrakech depuis 2002. Ses tableaux de figures masquées et entassées figurent notamment dans la collection du Guggenheim, et son roman Les Étoiles de Sidi Moumen est devenu le film Les Chevaux de Dieu de Nabil Ayouch (2012).
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Des mathématiques à l'art
Mahi Binebine naît à Marrakech en 1959. En 1980, il part étudier les mathématiques à Paris, où il les enseigne pendant environ huit ans. Il peint et écrit à ses heures perdues jusqu'à ce que l'art l'emporte : à la fin des années 1980, il expose comme peintre, et en 1992 il publie son premier roman.
Il vit ensuite à Madrid puis à New York de 1994 à 1999, où son travail entre dans la collection du musée Guggenheim, avant de rentrer à Marrakech en 2002. En 2025, le Smithsonian et le Pérez Art Museum de Miami auraient acquis des œuvres de lui, dont une toile monumentale de 2,10 sur 1,50 mètre pour le musée de Miami.
Peintures et sculptures
Les tableaux de Binebine sont peuplés de figures : corps serrés les uns contre les autres, visages cachés derrière des masques, êtres ligotés, entassés dans des barques ou qui attendent. Il travaille pigments, cire et résine sur toile et sur bois, souvent dans des tons de terre traversés d'éclats de rouge ou de bleu. Il réalise aussi des sculptures, souvent en bronze, qui reprennent les mêmes têtes anonymes aux allures de masques.
Comment regarder un Binebine : comptez les figures, puis cherchez les visages. La foule est le sujet, et les masques et les têtes enveloppées empêchent les individus de se détacher, de sorte que les tableaux parlent du nombre, de la pression et de l'anonymat autant que de telle ou telle personne. Regardez aussi la surface : la cire et la résine accrochent la lumière autrement que le pigment, ce qui donne aux couleurs terreuses une peau. Cette lecture est celle de ce site.
L'enfermement traverse l'œuvre, et il a une histoire familiale. En 1971, son frère aîné Aziz, jeune officier, est entraîné dans une tentative de coup d'État contre le roi Hassan II. Il passe dix-huit ans dans le bagne secret de Tazmamart, dans le désert, où la moitié des détenus meurent ; son témoignage inspire à Tahar Ben Jelloun le roman Cette aveuglante absence de lumière. Leur père, Mohamed Binebine, était pendant ce temps compagnon et bouffon du roi à la cour, depuis des décennies. Mahi raconte que, pour garder son poste, son père a dû renier publiquement son fils, et que lui-même a refusé de le voir pendant de nombreuses années ; il a raconté cette histoire dans son roman Le Fou du roi (2017). Aziz a été libéré en 1992.
Les romans
Binebine a publié plus d'une douzaine de romans. Cannibales (1999) suit des migrants qui attendent de franchir le détroit de Gibraltar ; sa traduction anglaise par Lulu Norman, Welcome to Paradise, a figuré parmi les finalistes du Independent Foreign Fiction Prize en 2004. Les Étoiles de Sidi Moumen (2010) imagine la vie des jeunes d'un bidonville de Casablanca auteurs des attentats-suicides du 16 mai 2003. Le réalisateur Nabil Ayouch l'a adapté au cinéma sous le titre Les Chevaux de Dieu, film choisi pour représenter le Maroc aux Oscars.
Avec Ayouch, il a ensuite ouvert à Sidi Moumen même un centre culturel, Les Étoiles, où les jeunes du quartier apprennent la musique, la danse, le cinéma et les arts plastiques. Avec Ayouch et la Fondation Ali Zaoua, il est associé à six centres de ce nom, destinés aux enfants des rues et aux jeunes des quartiers pauvres.
Où voir l'œuvre
Le Guggenheim de New York, le Smithsonian et le Pérez Art Museum de Miami sont cités comme détenant son œuvre ; demandez à chacun quelles pièces sont exposées. Au Maroc, une exposition de 2016, Face à l'Histoire, a eu lieu au musée MACMA de Marrakech, et les galeries qui le représentent annoncent les expositions en cours. Ses romans, en français et en traduction anglaise, sont l'autre porte d'entrée.
Voir aussi
Hassan El Glaoui et Chaïbia Talal ; l'École de Casablanca ; notre guide de l'art d'Afrique du Nord ; et nos listes d'artistes marocains, de peintres marocains et de sculpteurs marocains.


