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Artiste · Ghana

Ibrahim Mahama

Ibrahim Mahama (né en 1987) est un artiste ghanéen qui recouvre bâtiments, monuments et murs de galeries d'immenses patchworks de sacs de jute usagés — les sacs dans lesquels le cacao, le café, le riz et le charbon de bois circulent sur les marchés et dans les ports du Ghana. Son travail transforme les matériaux du commerce et du labeur en monuments au commerce mondial et à son histoire. À Tamale, sa ville natale, il a fondé le Savannah Centre for Contemporary Art et d'autres lieux ouverts aux artistes et au public.

Mis à jour le 4 min de lecture

Ibrahim Mahama

Les sacs

Ibrahim Mahama est né à Tamale, dans le nord du Ghana, en 1987, et a étudié la peinture et la sculpture à la Kwame Nkrumah University of Science and Technology de Kumasi. Encore étudiant, il commence à travailler avec des sacs de jute : ces sacs grossiers, fabriqués en Asie et importés au Ghana pour exporter les fèves de cacao, que l'on réutilise jusqu'à l'usure pour transporter charbon de bois, céréales et marchandises sur les marchés.

Il achète les sacs usés aux commerçants, en conservant souvent les noms et numéros peints au pochoir, et fait coudre par des équipes d'ouvriers d'immenses pans de toile. Tendus sur les façades de bâtiments, de théâtres, de stades et de gares, ils les transforment — et rendent visibles le travail, le commerce et les inégalités liés à ce matériau. Chaque sac porte la trace des mains et des voyages qu'il a connus.

Comment regarder l'œuvre

De près, une œuvre de Mahama est une archive plutôt qu'une surface. Lisez les inscriptions : les tampons du Ghana Cocoa Board qui déclarent un produit du Ghana, sur des sacs tissés en Asie du Sud-Est, et les noms et numéros ajoutés ensuite par les commerçants. Remarquez les pièces et les déchirures recousues, qui montrent combien de temps chaque sac a servi. Puis reculez : ce même matériau humble et usé cache un bâtiment entier, et l'histoire du bâtiment entre à son tour dans l'image. La fabrication compte aussi. Les pans sont cousus par de grandes équipes à Tamale, et, dans un entretien de 2023 avec Studio International, Mahama a décrit son art comme une affaire de relations nées de ce processus.

Chemins de fer et fantômes

Un second fil traverse son œuvre : le chemin de fer du Ghana, construit sous la domination coloniale britannique puis laissé à l'abandon pendant des décennies après l'indépendance. Pour la documenta 14, en 2017, il recouvre de sacs l'ancien corps de garde de Kassel avec Check Point Sekondi Loco. 1901–2030., dont le titre nomme Sekondi, le port où le chemin de fer colonial avait son siège. Parliament of Ghosts, créé pour le Manchester International Festival à la Whitworth en 2019, dispose 120 sièges de deuxième classe des trains ghanéens en hémicycle, avec de vieux casiers, des registres et des photographies issus des archives ferroviaires de Sekondi. Les visiteurs pouvaient s'y asseoir et tenir leurs propres débats. Pour Mahama, le chemin de fer abandonné incarne les occasions que le pays a laissé passer après l'indépendance.

Reconnaissance internationale

En 2015, Okwui Enwezor l'invite dans All the World's Futures, l'exposition principale de la Biennale de Venise, où Out of Bounds tapisse de sacs un long passage de l'Arsenale. Il expose de nouveau au pavillon du Ghana à la Biennale de 2019. En 2024, Purple Hibiscus enveloppe une partie du Barbican, à Londres, d'environ 2 000 mètres carrés de tissu rose cousu à la main à Tamale, où sont incorporées des robes batakari du nord du Ghana. En décembre 2025, ArtReview le place en tête de son Power 100, première personnalité venue d'Afrique à occuper cette place, et en 2026 il reçoit le prix Arnold Bode, du nom du fondateur de la documenta.

Bâtir à Tamale

Mahama a mis son succès au service d'institutions dans sa ville. En 2019, il ouvre à Tamale le Savannah Centre for Contemporary Art, musée et centre de recherche pour les artistes et le public, suivi de Red Clay, un ensemble d'ateliers en bordure de la ville. En 2021, il achète des avions déclassés, devenus des salles de classe où des écoliers viennent suivre des cours gratuits, et des voitures de train de l'époque coloniale sont transformées à côté en ateliers, bibliothèques et espaces d'apprentissage. Le chemin de fer, encore une fois, reprend du service.

Où voir son œuvre

Le Museum of Fine Arts de Houston conserve MTN MTN RA (2017), fait de sacs de jute, de bâches et d'étiquettes métalliques, acquis en 2022. Le Norwich Castle Museum and Art Gallery a acquis la même année une série de ses photographies, premières œuvres de l'artiste à entrer dans un musée britannique. À Tamale, le Savannah Centre for Contemporary Art est ouvert au public.

Voir aussi

Yinka Shonibare ; Amoako Boafo, l'autre artiste ghanéen de sa génération à la réputation mondiale ; El Anatsui ; Sharon Dede Padi, autre artiste ghanéenne qui bâtissait son œuvre avec des matériaux récoltés, des feuilles dans son cas ; les textiles africains ; et l'art africain contemporain.

Peintre

Amoako Boafo

Ghana · 1984–

Amoako Boafo, peintre ghanéen installé à Vienne, modèle au doigt la peau de ses modèles noirs. Son succès a affolé les enchères ; il a fondé dot.ateliers.

Peintre et poète

Sharon Dede Padi

Ghana · 1976–2026

Sharon Dede Padi, dite Padiki, peintre et poète ghanéenne, détenait le record Guinness de la plus grande peinture à l'empreinte de feuilles. Morte en 2026.

Peintre, sculpteur et graphiste

Amon Kotei

Ghana · 1915–2011

Amon Kotei, peintre, sculpteur, géomètre et musicien ghanéen, a dessiné les armoiries du Ghana, adoptées en 1957. Il est mort en 2011, à 96 ans.

Guide

Art africain contemporain

Ce qu'est l'art africain contemporain, les expositions et commissaires qui l'ont imposé, les artistes à connaître, et les musées, biennales et foires.