Genre musical · Algérie
Le raï
Le raï est une tradition de chant populaire de l'ouest de l'Algérie, centrée sur la ville d'Oran. Né comme chant rural interprété par des cheikhs et des cheikhates en arabe dialectal, il a bravé les tabous sur l'amour, l'alcool et la liberté, est devenu une pop électrique dans les années 1980 avec des chanteurs comme Cheb Khaled et Cheb Mami, et a été inscrit par l'UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l'humanité en décembre 2022.
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Cheikhs et cheikhates
Le raï naît dans les villes et les campagnes de l'ouest algérien dans la première moitié du XXe siècle. Des chanteurs appelés cheikhs (maîtres) et cheikhates (chanteuses) interprètent des textes poétiques en arabe algérien de tous les jours, accompagnés d'instruments traditionnels comme la flûte de roseau gasba et le tambour guellal, lors des mariages, des fêtes et dans les cafés.
Le mot raï signifie « opinion » ou « point de vue », et les chansons disent ce qui ne peut se dire ailleurs : l'amour et le désir, l'alcool, la pauvreté, l'exil et la dureté de la domination coloniale. La grande figure de cette génération est Cheikha Rimitti (1923–2006), qui chantait avec une franchise qui fit d'elle une légende — et une cible de la réprobation.
Le pop-raï
À partir des années 1970 et surtout des années 1980, de jeunes chanteurs — qui prennent le titre de cheb (jeune homme) ou de chaba (jeune femme) — électrifient le raï avec synthétiseurs, boîtes à rythmes, guitares électriques et accordéon. Oran accueille le premier festival de raï d'Algérie en 1985, et dès l'année suivante cette musique arrive en France, où une importante communauté algérienne l'adopte.
Cheb Khaled, plus tard simplement Khaled, devient le roi du raï. En 1992, sa chanson « Didi » est le premier titre d'un artiste maghrébin à entrer dans les classements du monde entier. Cheb Mami est surnommé le prince du raï. Dans la violence de la guerre civile algérienne des années 1990, les chansons d'amour de Cheb Hasni font de lui l'un des chanteurs les plus populaires du pays ; il est assassiné à Oran en 1994.
Le raï en France et au-delà
En France, le raï devient une part de la bande-son des communautés maghrébines et de la pop française elle-même. « Aïcha » de Khaled (1996), écrite par Jean-Jacques Goldman, est un immense succès, et en 1998 Khaled, Rachid Taha et Faudel remplissent Paris-Bercy pour le concert 1, 2, 3 Soleils.
La reconnaissance de l'UNESCO
Le 1er décembre 2022, l'UNESCO inscrit « Le raï, chant populaire folklorique d'Algérie » sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, saluant à la fois ses racines rurales et son rôle de voix de la liberté et du commentaire social.
Pour aller plus loin
Pour la tradition musicale de transe du Maroc, voir les Gnaoua. Pour la peinture moderne algérienne, lisez notre article sur Baya. Le mélange de mélancolie et de danse du raï a un cousin atlantique dans la morna du Cap-Vert, et sa voix sociale rappelle le mbalax sénégalais.