Mouvement artistique · RD Congo
La peinture populaire congolaise
La peinture populaire congolaise est l'œuvre d'artistes kinois, en grande partie autodidactes, qui depuis le début des années 1970 peignent la vie, l'humour, la politique et l'histoire de la ville pour une clientèle locale. Fondée par Chéri Samba, Moké, Chéri Chérin et Pierre Bodo, elle emprunte à l'affiche et à la bande dessinée — contours appuyés, couleurs vives, légendes écrites — et a gagné les collections internationales à partir de la fin des années 1980.
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Des peintres venus de la rue
Au début des années 1970, dans la ville alors appelée Kinshasa, au Zaïre, des peintres sans formation académique commencent à peindre pour les gens ordinaires. Plusieurs ont été peintres d'enseignes et de panneaux publicitaires : ils savent rendre une image lisible d'un coup d'œil, et la vendre.
Quatre noms sont généralement cités comme fondateurs : Chéri Samba, Moké, Chéri Chérin et Pierre Bodo. Leurs tableaux sont accrochés dans les maisons, les bars et les salons de coiffure, et dans leurs propres ateliers ouverts sur la rue.
Ce qu'elle montre
Le sujet, c'est la ville elle-même. Bars et dancings, couples et rivaux, soucis d'argent, police, Église, sorcellerie, sida, corruption et politique du Zaïre de Mobutu — souvent traités avec ironie et humour, parfois avec colère. Les tableaux sont littéraux et précis : ils représentent des personnes et des événements particuliers, et le texte peint sert à les nommer, à les expliquer ou à délivrer une morale.
Chaque peintre a sa voix. Moké raconte la vie sociale des bars en plein air et des rues de Kinshasa. Bodo, devenu chrétien pentecôtiste, peint des compositions surréalistes qui mettent en garde contre la sorcellerie. Les légendes de bande dessinée de Samba transforment ses tableaux en éditoriaux.
L'histoire en images
Tshibumba Kanda Matulu, originaire de Lubumbashi dans le sud-est, peint l'histoire du Congo dans une longue série commandée dans les années 1970 par l'anthropologue Johannes Fabian : plus d'une centaine de tableaux couvrant l'époque précoloniale, les exactions coloniales, l'indépendance et les conflits qui ont suivi. C'est l'une des plus puissantes histoires visuelles de tous les pays africains.
De Kinshasa au monde
À partir de 1989 — à commencer par Magiciens de la Terre à Paris —, des expositions internationales font entrer ces peintres dans les musées et chez les collectionneurs étrangers. Leur succès crée un marché, et avec lui des copies et des pastiches.
Pour aller plus loin
Les peintres kinois appartiennent à la même culture urbaine que la rumba congolaise, dont les vedettes et les salles de danse peuplent leurs tableaux. Comparez-les avec les artistes autodidactes de l'école d'Oshogbo, au Nigeria, ou avec la peinture tingatinga de Tanzanie, autre style urbain né hors de l'académie. Avant d'acheter un tableau attribué à un nom célèbre, lisez comment acheter de l'art africain.