Mouvement artistique · Sénégal
L'École de Dakar
L'École de Dakar est le mouvement d'art moderne du Sénégal entre 1960 et 1974 environ, soutenu par le président Léopold Sédar Senghor et façonné par sa philosophie de la Négritude. Portée par des artistes comme Papa Ibra Tall et Iba N'Diaye, elle a produit des peintures vives et rythmées et des tapisseries monumentales, et a contribué à l'organisation du premier Festival mondial des arts nègres, à Dakar, en 1966.
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Le programme d'un président poète
Léopold Sédar Senghor, premier président du Sénégal à partir de 1960, était aussi poète et l'un des fondateurs de la Négritude, le mouvement intellectuel qui, dès les années 1930, affirmait la valeur des cultures et de l'identité noires. Au pouvoir, il fait des arts une priorité nationale et y investit massivement.
L'art qui naît de ce mécénat porte le nom d'École de Dakar. Il est enseigné et exposé dans de nouvelles institutions nationales, présenté à l'étranger comme le visage du jeune pays et acheté par l'État.
Ceux qui l'ont portée
À son retour de France en 1960, Papa Ibra Tall fonde avec le peintre Iba N'Diaye et le peintre français Pierre Lods la section d'arts plastiques de la nouvelle école nationale des beaux-arts de Dakar. Tall et Lods défendent un art fondé sur l'intuition et le rythme africain ; N'Diaye, formé à Paris et plus académique dans ses méthodes, plaide pour la technique et devient une voix plus critique. Cette tension entre les deux approches traverse tout le mouvement.
Le tableau typique de l'École de Dakar est lumineux, rythmé et ornemental, avec des figures stylisées, des masques et des danseurs, et une couleur posée avec énergie plutôt que modelée.
Les tapisseries de Thiès
En 1966, Senghor et Tall fondent à Thiès un atelier d'État de tapisserie, les Manufactures sénégalaises des arts décoratifs. Des lissiers y traduisent des peintures d'artistes sénégalais en grandes tapisseries de laine, accrochées dans les bâtiments publics et offertes comme cadeaux diplomatiques dans le monde entier. L'atelier est toujours en activité.
Le festival de 1966
En avril 1966, Dakar accueille le premier Festival mondial des arts nègres, qui réunit artistes, musiciens, écrivains et interprètes d'Afrique et de sa diaspora. Tall et N'Diaye participent à l'organisation de son exposition d'art contemporain. Le festival marque l'apogée du rôle public de l'École de Dakar.
La réaction
Au milieu des années 1970, de jeunes artistes trouvent le style officiel trop décoratif et trop proche du pouvoir. En 1974, l'artiste Issa Samb, le cinéaste Djibril Diop Mambéty et d'autres fondent le Laboratoire Agit'Art, un collectif voué à la performance, au débat et à un art critique du formalisme de l'École de Dakar.
Pour aller plus loin
La scène artistique sénégalaise ultérieure compte les sculpteurs Ousmane Sow et Seyni Awa Camara (voir notre liste d'artistes sénégalais) et la biennale Dak'Art, présentée dans foires et biennales d'art africain. Pour la musique populaire du Sénégal, voir le mbalax. Pour un autre mouvement de l'indépendance, voir l'École de Khartoum.
